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Publié par Berbèrophile

ATLANTA, UNE "ATLANTARTE AUX POMMES" DES PLUS GOÛTEUSES

Peut-on parler de génie artistique?

Le pari fou du génial Donald Glover (plus connu sous son nom de scène "Childish Gambino") de produire sa propre série fut l'objet d'une attente insoutenable pour sa "fan base" mais fut également le fruit d'un large questionnement pour la presse spécialisée.

"OK il est peut-être excellent chanteur mais là on parle d'une série télévisée, c'est du sérieux! Il y a un monde d'écart entre ces deux univers. S'il fait un flop, il ne s'en relèvera pas!"

2016, la série fera son entrée sur la chaîne Américaine FX sous l'intitulé "Atlanta".

Un an après, celle-ci est récompensée lors du Golden Globes de 2018 (équivalent de la prestigieuse remise des Oscars pour les longs métrages), du titre de "meilleure série musicale ou comique" et pour couronner le tout, Donald Glover remportera le prix du "meilleure acteur dans une série musicale ou comique"

De quoi faire sérieusement réfléchir l'industrie audiovisuelle qui ne cesse de se plaindre de la contagion mondiale des initiatives indépendantes via leurs labels de production autonomes ("Bah ouais mon pote, mais à un moment il faudra peut être miser sur le bon cheval et arrêter de rincer les copains qui sont incapables de se renouveler...")

Mais ce succès planétaire n'aurait jamais vu le jour sans la majestueuse réalisation du surdoué Hiro Murai qui s'est exercé pour la première fois de sa carrière, au format de mini-série (moins de 10 épisodes d'une vingtaine de minutes).

Celui-ci s'est révélé aux yeux du monde après avoir mis en scène le très bouleversant et dérangeant clip de Childish Gambino "This is America

Dérangeant à souhait...mais grandiose!

Synopsis:

"Earn", ayant quitté ses études de la prestigieuse université de Princeton, se retrouve à travailler à l’aéroport d'Atlanta afin d'y vendre des cartes de crédit ("je vous l'accorde , métier légèrement obscur mais métier quand même"). Insuffisant pour subvenir aux besoins de sa fille "Lottie" et de sa femme "Vanessa", celui-ci décidera de proposer ses services en tant que manager auprès de son cousin "Alfred", révélé sous le nom de scène "Paper Boi", dont ce dernier est une star locale du Hip-Hop en devenir (qui est parvenu à se faire connaître via les réseaux sociaux).

Nous suivrons les deux cousins dans leurs péripéties quotidiennes, toutes plus farfelues les unes que les autres.

Sans réelle expérience managériale ni véritable stratégie de communication, Earn tentera par tous les moyens d'assurer la promotion de son parent.

Mais pas facile de se faire une place dans le milieu du Rap US, bien connu pour être impitoyable, saturé par une concurrence toujours plus innovante et bien souvent malveillante.

Comme diraient de grands philosophes de la rue "c'est soit la musique soit la taule"

"Eh bien moi,  je ferai de la musique en taule...brah...brah...brah... !"

Bande annonce Saison 1 "Atlanta"

Pourquoi faut-il voir cette série?

Par ce que...

"Atlanta" a été nominée 11 fois et a remporté 7 prix lors des plus belles remises de récompenses audiovisuelles internationales dont le Golden Globes (ou le Saint Graal, au choix).

Donald Glover aka Childish Gambino transforme tout ce qu'il touche en or (même sa crotte en deviendrait comestible tant le bougre est génial dans ce qu'il entreprend). Celui-ci incarne à merveille le personnage de "Earn", jeune homme mollasson, paresseux, souffrant d'un total manque de confiance en lui et qui, pour ne rien arranger, parvient difficilement à exprimer ce qu'il ressent. Mais parallèlement tellement attachant (jeu d'acteur parfaitement équilibré).

 

Bryan Tyree Henry dans le rôle d' "Alfred" est absolument fabuleux. Protagoniste complètement dépourvu d'autodérision, très peu enclin à sourire et surtout colérique, celui-ci est terriblement hilarant malgré lui (vous savez c'est un peu le collègue qui ne parvient jamais à rire de ce qui l'entoure, mais justement qui crée une situation comique en ne riant pas). A mon sens, "Al" est le principal levier humoristique de cette mini-série. 

 

Lakeith Stanfield ("Selma" 2014, "N.W.A-Straight Outta Compton" 2015, "Get out" 2017 ,etc...)  , star montante du cinéma, est excellent dans le rôle de l'étrange "Darius" qui s'est récemment lié d'amitié avec les deux cousins. Semblant ne pas appartenir à la même planète que la nôtre (on pourrait parler d'une personnalité des plus énigmatiques), celui-ci contribue également à l'aspect comique de cette série d'exception.

 

La bande son accompagnant le quotidien de nos trois zouaves est incroyablement délicieuse. Une playlist Hip-Hop qui se marie parfaitement avec les décors urbains d'Atlanta.

Ville d'Atlanta

Ville d'Atlanta

Atlanta, tout un symbole

La ville d'Atlanta comme une évidence?

Cela fait déjà quelques années que Donald Glover a pris position pour la cause noire Afro-Américaine, mais celui-ci s'y attelle plus particulièrement depuis que Donald Trump est au pouvoir, dont ce dernier est le garant des injustices sociales, se délectant d'une escalade de haine raciale qui sévit et perdure au sein de ses propres terres.

Comme un symbole, la série porte le nom de la ville qui a vu naître le mythique Martin Luther King Junior (ce qui est loin d'être anecdotique à mon humble avis), mort pour ses convictions philanthropes et revendications pacifiques.

"Mérité! Quelle connerie de se battre pour l'égalité des hommes ainsi que l'obtention de leurs droits civiques...foutu bienfaiteur de ce monde!"

Épique discours de Martin Luther KIng Jr au pied du Memorial Lincoln, août 1963

Épique discours de Martin Luther KIng Jr au pied du Memorial Lincoln, août 1963

Impressions:

Comme un gigantesque paradoxe, Atlanta accueille les sièges d'une flopée de multinationales telles que Coca-Cola, CNN ou encore UPS, laissant entendre que cette métropole est propice à une capitalisation à grande échelle.

En revanche, celle-ci figure au rang de la 18ème ville du pays où le taux de criminalité est le plus élevé (à savoir qu'il y a beaucoup, beaucoup de villes aux Etats-Unis)

Du coup, comment expliquer cette invraisemblance? 

"Le fossé des inégalités sociales qui ne cesse de se creuser... ? Ok, Ok j'arrête mon discours de détestable "Bobo" qui pense vivre plus longtemps simplement par le fait de manger quotidiennement du quinoa et des flocons d'avoine."

Donald Glover et Hiro Murai sont parvenus à peindre avec brio, le reflet d'une société Américaine qui souffre d'un climat social extrêmement tendu, renforcé chaque année, par un appauvrissement des classes populaires.

Logiquement, l' "entertainment" (distraction numérique) via les réseaux sociaux est désormais au cœur de nos sociétés modernes, puisque celui-ci nous donne implicitement l'occasion de nous changer les idées, d'échapper à une réalité qui peut parfois tendre à la morosité.

Beaucoup saisissent l'opportunité de cette distraction numérique pour y faire carrière, conscients que les sites communautaires peuvent parfois prendre une véritable forme d'ascenseur social pour les plus chanceux.

Cette mini-série dénonce avec humour les dérives du "show-biz" et du racisme décomplexé liés au monde du Hip-Hop Américain (la plus part des radios nationales sont tenues par des blancs). Elle se moque également (subtilement) des personnes prêtes à tout pour se faire connaître, notamment par le biais de la viralité d'internet.

Le génie de cette oeuvre visuelle est indéniablement dans la mise en scène des situations les plus navrantes qu'il nous arrive de rencontrer au quotidien, en les tournant au ridicule. Celle-ci est remarquable par le fait de nous faire rire malgré de nombreux moments gênants, embarrassants, rythmant les deux saisons. 

Comme toute série, celle-ci ne pourra pas convenir à tout le monde, mais saura combler de bonheur tous les spectateurs friands de complexité cinématographique (ne pas se contenter d'apprécier ce que l'on regarde mais parvenir à analyser les situations qui s'offrent à nous).

 Il évident qu' "Atlanta" relève du génial et ne laissera pas indifférent les aficionados de la culture urbaine.

"Ce n'est pas parce que tu écoutes du Hip-Hop, qu'il faut que tu prennes pour un re-noi"

Les + 

  • Des situations, des dialogues complètement loufoques
  • Des acteurs habilement choisis, capables de rendre l’irrationnel, rationnel
  • Des personnages attachants
  • Un humour subtile (difficile de savoir si nous devons rire ou non)
  • Une addiction engendrée dès le premier épisode
  • Une bande son incroyable
  • Un sujet peu abordé

Les -

  • Un humour pas toujours facile à déchiffrer pour le grand public
  • Une véritable frustration que les saisons et les épisodes soient si courts
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